Kayiti,maisons pour Haiti

Kayiti,maisons pour Haiti

Quelle reconstruction? La position de Kayiti

Quelle action doit mener Kayiti ?  Pour quelle reconstruction ?  

Le besoin de faire quelque chose pour aider les Haïtiens à reconstruire leurs maisons et autres bâtiments, ce besoin de fraternité se trouve en chacun de nous, plus ou moins fort. Plus ou moins prêt à s’exprimer selon notre proximité avec les victimes du malheur et pour mille autres raisons, personnelles, professionnelles etc...

Un an après le séïsme, nous nous demandons si nous avons été justes dans cet engagement, respectueux des Haïtiens et d’Haïti. Et comment continuer.

 

 

Position de Kayiti  (Janvier 2011) 

 

Précisons tout de suite que, pour l’instant, les maisons Kayiti sont destinées au milieu rural. Sans toilettes ni cuisine intérieures, et aussi par leurs formes et dimensions, elles ressemblent aux maisons rurales traditionnelles. Elles ne sont pas adaptées à l’habitat urbain qui est très dense et aussi plus sujet aux déprédations, effractions...

Question : Kayiti doit-elle aborder le milier urbain ?

 

 

Nos actions et nos principes d’action ont été dès le début intimement mêlés. En résumé :            

En s’appuyant sur des organismes solidement implantés en Haïti, Kayiti a suivi deux lignes d’action depuis ses débuts: construire ou tester des prototypes de maison ou de systèmes liés à l’habitat, former des charpentiers à la fabrication et au montage de maisons en ossature bois.

 

1 – Construire ou tester des prototypes de maisons ou de systèmes liés à l’habitat.

Ainsi, la première maison rurale en ossature bois a été dessinée par François, selon son expérience de charpentier, et construite avec uniquement des outils manuels à Jacmel. Puis, pour le lancement du premier programme (Crose-Avsf, à Jacmel) elle a été modifiée avec l’aide du bureau d’études de Patriarche&Co, de façon à s’assurer qu’elle résisterait aux cyclones. Par la suite, un prototype plus « joli » et certifié a été redessiné par le bureau d’études et monté au Fort de Vaise ; la toiture de ce modèle a encore été simplifiée (toiture en panneaux) et cette évolution du prototype a été construite à Port-au-Prince. Ce modèle s’est avéré une réussite et devra servir pour des institutions comme la Maison d’enfants.

Autre exemple : Kayiti a acheté et fait installer chez une famille paysanne de la campagne de Jacmel un système d’éclairage photovoltaïque de fabrication indonésienne (licence allemande) pour tester son utilisation. Un jeune agronome a mis en place un questionnaire que la famille doit remplir chaque semaine. Le système comprte deux ampoules et il est complet, un kit qui tient dans un cube de 20cm ; il devrait être comparé avec un panneau solaire fabriqué en Haïti mais qui, lui, nécessiterait batterie et lampe.

 

2 – Former des charpentiers à la fabrication et au montage de maisons en ossature bois.

Le premier programme, à Jacmel, repose sur la formation d’artisans locaux. La plupart des personnes recrutées sont plus ou moins dans la construction, un seul sur huit ayanit déjà reçu une formation dans un centre de formation professionnelle. L’enseignement que Kayiti donne est plutôt empirique, concret. En général les gens sont désireux d’apprendre, et toujours de bien faire. C’est un plaisir de donner ces formations « sur le tas ». Assez naturellement les équipes se sont constituées par affinités entre les personnes et selon la préférence pour le travail en atelier ou pour le montage sur chantier.

Il est plus difficile de trouver des formateurs. Un formateur haïtien est nécessaire pour assurer la partie académique de l’apprentissage en créole. Il doit rester disponible après pour suivre, corriger. La construction même de l’atelier constitue le premier acte de formation, car là se trouvent réunies les conditions le plus difficiles de hauteur, de poids, de précision... Un des problèmes à résoudre pour les organismes partenaires est la rémunération des artisans en cours d’apprentissage : ils produisent, mais à un rythme lent.

Pour le prochain programme de Kayiti (Maison d’enfants à Léogane comportant une quarantaine d’équivalents-maisons) il faudra aussi construire un atelier et former une demi douzaine d’artisans. (Par la suite l’atelier sera récupéré comme bâtiment, voire utilisé comme atelier pour les plus grands des orphelins.)

A l’issue des programmes, les artisans les mieux disposés seront capables de travailler à leur compte pour concevoir et construire des maisons ou de petits bâtiments ; les autres auront de quoi s’embaucher sur des chantiers divers, en tous cas ils auront une corde de plus à leur arc.

 

Principes :

- Prendre appui sur des partenaires fortement légitimés par leur action, leur organisation, leur ancienneté dans le milieu... Kayiti ne lève pas de fonds pour des programmes, mais propose son expertise à des ONG ou autres organismes qui s’en chargent. Devrons-nous lever des fonds ?

 

- Agir toujours dans le sens des intérêts des démunis. Notre premier objectif est d’atteindre les personnes démunies : familles rurales pauvres sinistrées ou enfants abandonnés. Notre action peut naturellement soutenir les organismes partenaires (mais d’autres font cela de façon institutionnelle comme AVSF vis à vis de Crose) : par exemple, l’atelier construit pour le programme restera propriété de l’organisme partenaire. Peut-on envisager autre chose ?

 

- Former, c’est à dire enseigner des savoir-faire adaptés plutôt que donner des biens tout prêts. Bien sûr les formations ne touchent qu’une minorité de gens dans la population, mais elles restent dans la logique économique locale, n’introduisent pas de distorsion, ni de tension sociale. Quant à la gratuité de la formation, c’est un principe de base : le stagiaire peut donner de son temps, il ne doit pas payer pour venir apprendre.

 

 

 

Thèmes liés 

 

- Il faut reconnaître qu’il y a toujours une grande part de don dans l’activité des organismes caritatifs, associations et ONG vis à vis de la population, même si l’on décompte les participations demandées aux bénéficiaires, en nature (pour les maisons : eau de chantier, pierres pour fondations...) ou en travail (manutention). D’ailleurs, ces exigences sont de moins en moins aisées à satisfaire, car les habitudes d’assistance - de part et d’autre – se prennent. Pour l’instant les bénéficiaires des maisons construites n’ont pas à payer. Mais pour le renouvellement du programme une participation pécunière est envisagée, avec peut-être un crédit, ce qui est très compliqué à monter (dans un milieu ou le capital n’est pas reconnu). Ces questions ne sont pas a priori du ressort de Kayiti, mais de fait, sur le terrain nous y sommes confrontés.

 

                - Lier toujours une décision technique à un choix d’organisation. La technique n’est pas neutre : par exemple la dimension des panneaux de construction dépendra de la main-d’oeuvre manutentionnaire disponible sur le chantier, qui dépend de l’engagement des familles et des comités de quartier... D’une façon générale, le credo du développement communautaire c’est de faire prendre en charge les enjeux collectifs par des organisations collectives. Ainsi, les bénéficiaires des maisons sont désignés par les comités de quartier selon des priorités (femmes seules ; élevant des enfants...)

 

                - Aller dans le sens du renforcement des structures collectives, des instances gouvernementales quand elles sont disponibles, et du partage des expériences avec les autres intervenants (il y a une bonne vingtaine d’ONG étrangères et quelques haïtiennes dans la construction à Jacmel). Une critique courante est que le pays est sous la coupe des ONG ; mais qui a trouvé mieux pour satisfaire les droits fondamentaux des gens alors que les services publics sont très défaillants ? Il peut paraître difficile de « mettre de la cohérence » dans l’incroyable diversité des actions des ONG, pourtant elles se prêteraient facilement au jeu si des normes, des règles d’urbanisme ou de construction étaient édictées. Elles y trouveraient de fait un soutien vis à vis de la demande de la population et une nouvelle justification à leur travail, quitte à perdre un petit peu d’indépendance. En réalité, les ONG se sont elles-mêmes organisées en « clusters » (groupes de travail).

 

               



13/01/2011
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